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5 octobre : Gilles Villeneuve stupéfie ses rivaux sous le déluge à Watkins Glen

5 octobre : Gilles Villeneuve stupéfie ses rivaux sous le déluge à Watkins Glen

Mardi 5 octobre 2021 par René Fagnan
Crédit photo: WRI2

Crédit photo: WRI2

Le pilote québécois Gilles Villeneuve a souvent étonné, pour ne pas dire stupéfait, ses adversaires, que ce soit en motoneiges, en Formule Atlantique, en Can-Am ou en Formule 1. L’exploit qu’il a réalisé sous le déluge sur le circuit de Watkins Glen en 1979 résonne encore.

Fin 1979, Gilles Villeneuve termine sa deuxième saison complète en Formule 1. Pilote de la Scuderia Ferrari aux côtés du Sud-Africain Jody Scheckter, il a remporté deux victoires et vient tout juste de terminer second derrière Alain Jones au Grand Prix du Canada à Montréal quand tous les concurrents se rendent au circuit de Watkins Glen pour y disputer le Grand Prix des États-Unis Est.

Pour cette dernière épreuve de la saison 1979, il n’y a aucun véritable enjeu. Scheckter a été sacré Champion du monde et Villeneuve est pratiquement assuré de se classer au second rang.

Le tracé, construit en 1956 tout près de la petite ville de Watkins Glen dans l’État de New-York, est un peu vieillot et sa sécurité n’est vraiment pas optimale. C’est un circuit rapide, parsemé de grandes courbes, mais offrant assez peu de dégagement.

À l’automne 1973, François Cevert y a perdu la vie dans un accident quand sa Tyrrell est passée par-dessus les rails de sécurité. Puis, l’année suivante, la Surtees de Helmut Konigg s’est encastrée sous le rail de sécurité, tuant le pilote autrichien sur le coup.

Imaginez dans quel état d’esprit sont Villeneuve et ses collègues quand ils constatent qu’une pluie forte et froide s’abat sur le circuit vendredi matin 5 octobre pour les essais libres. Cependant, Villeneuve sait bien que ses pneus Michelin de pluie sont nettement plus efficaces que ceux produits par Goodyear. Et un peu de pluie ne lui a jamais fait peur.

Villeneuve s’installe au volant de sa Ferrari 312 T4 frappée du numéro 12. Les mécaniciens démarrent le moteur 12 cylindres de trois litres dans un fracas indescriptible. Il sélectionne le premier rapport avec le tout petit levier de vitesses, relâche l’embrayage et prend la piste à l’assaut des 5,4 kilomètres d’asphalte noyée par la pluie abondante.

Quelques instants plus tard, Scheckter, dans l’autre Ferrari, revient aux puits et admet s’être fait de grosses frayeurs afin de réaliser un chrono de 2’11”029. C’est 36 secondes plus lent que sur une piste sèche comme on l’avait constaté jeudi lors d’une courte séance d’essais préliminaires et non-officiels.

Carlos Reutemann (Lotus-Ford 79) et Hans Stuck (ATS-Ford D3) prennent la piste, mais reviennent immédiatement à leurs garages, jugeant les conditions beaucoup trop périlleuses.

Deux courageux Italiens, Bruno Giacomelli et Vittorio Brambilla, prennent aussi la piste aux commandes de leurs Alfa Romeo 179 chaussées de pneus… Goodyear. Résultat ? L’Alfa de Giacomelli est rapidement ramenée au paddock suspendue à une remorqueuse, victime d’un violent contact avec le rail. Après avoir complété quelques tours, l’Alfa de Brambilla a fauché des grillages de sécurité et démoli son aileron et sa suspension arrière. Brambilla n’a pu faire mieux qu’un temps de 2’24”957.

Pendant ce temps, Villeneuve aligne les tours de piste, toujours à l’attaque. Ses longues années à courir en motoneige le servent admirablement bien. Il maîtrise les dérobades de sa Ferrari avec brio et lance sa voiture avec aplomb dans les virages alors que les énormes pneus arrière Michelin soulèvent un véritable mur d’eau. Villeneuve fait valser sa Ferrari de virage en virage, sans la brusquer, tout en détectant, avec une précision chirurgicale, le niveau d’adhérence qu’offre la piste.

Malgré son moteur qui ratatouille à haut régime, lui faisant perdre 600 tours/minute et plafonnant la Ferrari à la vitesse maximale de “seulement” 260 km/h sur la ligne droite, Villeneuve stupéfie ses rivaux et les spectateurs en réalisant un chrono de 2’01”437. C’est presque 10 secondes plus vite que Scheckter !

La séance se termine et il pleut toujours abondamment. Le classement se lit comme suit : Villeneuve premier devant son coéquipier Scheckter (2’11”029), puis viennent Brambilla (Alfa Romeo en pneus Goodyear, 2’24”957), Alan Jones (Williams-Ford FW07 en pneus Goodyear, 2’37”742), Jan Lammers (Shadow-Ford DN9 aussi en pneus Goodyear, 3’10”436) et finalement René Arnoux aux commandes de sa Renault turbo RS10 en pneus Michelin, avec un chrono de… 3’46”012.

Tous les autres pilotes ont refusé d’aller rouler sur la patinoire de Watkins Glen. Parlant au journaliste canadien Gerald Donaldson durant cette séance d’essais, le Français Jacques Laffite, pilote Ligier, avait confié, en voyant passer la Ferrari à toute vitesse et sans visibilité : « Pourquoi on s'embête [à prendre la piste] ? Il est différent de nous. Il est à un autre niveau… »

Oui, Villeneuve était bien différent des autres et l’avait magnifiquement bien démontré en cette froide journée d’octobre.