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Entrevue exclusive François Dumontier : Retour sur la saga du Grand Prix... et les projets 2021 !

Entrevue exclusive François Dumontier : Retour sur la saga du Grand Prix... et les projets 2021 !

Mercredi 5 août 2020 par Philippe Brasseur
Crédit photo: WRI2

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Le tourbillon lié au retrait du Grand Prix du Canada du calendrier 2020 passé, Pole-Position a souhaité avoir le point de vue, avec le recul nécessaire, du promoteur de l’événement François Dumontier. Il abordera bien sûr le sujet dans la prochaine édition du magazine Pole-Position (parution fin du mois), dans le cadre de sa chronique qu’il tient dans toutes nos éditions, mais pour l’instant, place à l’actualité avec cette entrevue où il donne son avis sans concession de ce qui est arrivé… et des projets 2021 !

François, quel a été l’élément déterminant qui a abouti à l’annulation du Grand Prix ?

Il y a eu plusieurs points tournants. Celui qui a été véritablement majeur concerne les coûts de transport de la Formule 1, à cause du fait qu’ils ne pouvaient pas aller disputer Austin et Mexico après notre épreuve. Cela représentait pour eux des frais 3 à 4 fois plus élevés que dans une année normale, où ils calculent la répartition de leurs coûts sur l’ensemble de la saison. Le fait que le Grand Prix du Canada soit leur seule possibilité sur le continent américain devenait encore plus compliqué pour eux dès l’instant où moi, en tant que promoteur, je ne pouvais plus contribuer financièrement à leur venue en n’ayant pas les revenus de la vente de billets. C’est un autre élément qui a pesé lourd, le fait que l’on m’oblige à présenter l’événement à huis clos.

Le 23 juin, lorsque poleposition.ca a annoncé en primeur que la date retenue était le 11 octobre, étais-tu confiant à ce moment là que l’épreuve allait avoir lieu ?

Oui, très confiant. Il faut comprendre qu’au moment où on a reporté l’événement, nous n’avions pas de date. Par la suite, j’ai donné des dates maximales à la F1, soit la mi-octobre. Lorsqu’ils me sont arrivés avec leur choix du 11 octobre, le week-end de l’Action de Grâce, nous avons validé avec les autorités locales et accepté la date. Par la suite, et quasiment jusqu’à la dernière minute le mois passé, nous étions confiants que notre Grand Prix serait conservé au calendrier. Mais comme j’ai dit, l’obligation de devoir le présenter à huis clos a tout compliqué. Jusqu’à la dernière seconde, j’y ai quand même cru.

Tu as mentionné que la F1 avait besoin d’amortir ses coûts de déplacement avec deux épreuves minimum en Amérique. L’option d’une seconde course sur le circuit Gilles-Villeneuve était-elle envisageable ?

Je l’ai proposé, avec l’accord des autorités locales et des gouvernements. Je craignais qu’ils disent non en raison de la date, qui aurait alors été le 18 octobre, mais étonnamment, ils m’ont répondu que c’est parce qu’ils n’étaient plus très favorables à l’idée des programmes doubles. Quand ils ont fait le calendrier des 8 premières courses, il y en avait deux doubles, en Autriche et en Angleterre, pour s’assurer que s’il y avait d’autres annulations, ils sécurisent au moins ces courses-là. Et on sait aussi que Bahreïn devrait éventuellement avoir aussi deux épreuves en fin de saison. Mais j’ai eu l’impression que les autorités de la F1 regrettaient quasiment d’avoir instauré ces courses doubles car ils craignent désormais que si le premier des deux Grand Prix est d’un ennui mortel en piste, ils vont perdre beaucoup de cotes d’écoute pour celui de la semaine suivante. Ça n’est pas arrivé en Autriche, avec beaucoup de rebondissements, mais disons que la F1 ne semble pas favorable à ajouter d’autres programmes doubles.

Quand on sait que généralement le second événement dans un pays porte le nom de la province où se trouve le circuit, cela aurait voulu dire que le Grand Prix du Québec aurait été au calendrier 2020 de la F1 ?

LOL… Sans doute mais on ne s’est pas rendu à discuter de ce point-là.

As-tu envisagé, comme l’a annoncé le Brésil, l’option d’une action en justice envers la F1 pour avoir retiré ton événement du calendrier ?

Pas du tout ! Cela n’a jamais fait partie de ma stratégie. Dans les derniers mois, nous avons travaillé main dans la main avec la F1, on a tout fait pour essayer ensemble d’y arriver.

Lorsqu’on voit que le ministère du tourisme de l’Algarve annonce vouloir ouvrir les portes du GP du Portugal aux spectateurs parce qu’ils veulent aider à la relance touristique dans une région où le coronavirus est en déclin, comme c’est le cas au Québec, cela t’inspire quelle réflexion ?

Il y a la Russie et aussi le Nürburgring qui veulent apparemment ouvrir leur événement aux spectateurs. Je dois dire à ce sujet que, durant tout le processus, les autorités locales ont été présentes et ont collaboré avec mon organisation. Ma déception c’est que le plan sanitaire que nous avons présenté n’a jamais eu d’écho. J’aurais aimé savoir si notre plan se tenait, qu’est-ce qui aurait pu être fait pour l’améliorer, etc. Ma déception est grande face à cette absence de retour des autorités. Quand on regarde ces endroits en Europe, qui parfois n’ont jamais présenté la F1 comme Portimao, il est clair qu’ils ont vu l’opportunité de s’offrir une visibilité mondiale au-travers la télédiffusion. Qui savait il y a encore quelques mois que Portimao pouvait accueillir un Grand Prix de F1 ? Pas grand monde il me semble. Je vois donc tout cela comme une occasion manquée pour Montréal, mais il faut aussi regarder l’autre côté : à ce stade-ci, on ne sait même pas si les frontières seront rouvertes, s’il y aura encore une quarantaine en octobre. C’était donc tout un casse-tête !

Crains-tu que les revirements des gouvernements dans le dossier de l’édition 2020 puissent avoir un impact négatif sur l’inscription du Grand Prix du Canada au calendrier 2021 ?

Non, ça ne met pas en péril l’édition de juin 2021. Le calendrier n’est pas sorti encore, mais d’un point de vue contractuel, notre contrat avec la F1 va jusqu’à 2029.

Cette annulation du GP du Canada 2020 compromet-elle tout de même le projet de retour d’un second événement sur le circuit Gilles-Villeneuve à moyen terme ?

Il est certain que mon dossier prioritaire en ce moment est la F1. Faire une seconde course implique la venue d’une série internationale ou américaine. Mais sera-t-il possible de traverser les frontières sans restrictions l’an prochain ? Personne ne le sait. Disons que ce dossier n’est pas dans mes cartons pour le moment et, pour faire taire toute rumeur : je n’ai pas de discussions avec NASCAR de ce temps-ci !

Pour conclure, que vas-tu faire maintenant : prendre des vacances, travailler dès maintenant sur l’édition 2021 ?

C’est ironique car il y a du monde qui pense que parce qu’on n’a pas fait le Grand Prix en juin, c’est tranquille pour nous. En vérité, je n’ai jamais travaillé aussi fort que cette année pour essayer de garder notre événement au calendrier. Je vais maintenant prendre un peu de vacances mais dès l’automne, on va repartir la machine et organiser 2021. On ne peut pas prendre de retard. J’ai aussi mon autre rôle dans l’organisation du sport automobile canadien (président de la nouvelle ASN) qui m’occupe, sinon je vais regarder les prochains Grands Prix et suivre avec intérêt les performances de Lance Stroll et Nicholas Latifi.