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Raphaël Lessard et le Top 10 en NASCAR Truck : Pourquoi on y croit encore...

Raphaël Lessard et le Top 10 en NASCAR Truck : Pourquoi on y croit encore...

Vendredi 31 juillet 2020 par Marc Cantin
Crédit photo: Nigel Kinrade / LAT Images

Crédit photo: Nigel Kinrade / LAT Images

En passant à la série NASCAR Gander Outdoors and RV Truck avec une équipe de premier plan comme Kyle Busch Motorsports (KBM), Raphaël Lessard a sauté dans une arène beaucoup plus complexe et évoluée que lors de ses saisons précédentes. Le pilote de la Beauce, âgé de seulement 19 ans, vit son rêve en 2020 : un volant pour une saison complète en série de camionnettes NASCAR.

Raphaël Lessard a appris les rudiments du métier au Québec d’abord (dès l’âge de 11 ans) puis dans diverses séries semi-professionnelles plus relevées, surtout aux États-Unis, où ses résultats lui ont permis de se présenter dans l’une des trois grandes séries aux États-Unis cette saison. Le voici à l’équivalent de la Ligue américaine au hockey, dans l’antichambre des séries NASCAR Xfinity et Cup.

Piloter à ce niveau est complexe et la marche à gravir est haute. Le curriculum à absorber est exhaustif : pilotage toujours à l’extrême limite, technologies mécaniques et pneumatiques, aérodynamique, communications techniques précises avec les membres clés de l’équipe au bureau comme en piste, travailler avec une équipe de pointe, évoluer sur des simulateurs techniques avancés, l’entraînement physique et l’alimentation, les nouveaux circuits, les possibilités insoupçonnées sur les circuits connus, la terminologie technique, ne faire qu’un avec la camionnette et décrire le comportement adéquatement. Tout cela… sous la pression de livrer de bons résultats à chaque course, notamment pour justifier les investissements des partenaires et sa place en tant que pilote professionnel !

Les huit premières courses de la saison n’ont pas produit les résultats escomptés, avec des positions moyennes de 14ème sur la grille de départ et de 19,5ème à l’arrivée. Deux facteurs expliquent en grande partie ces chiffres : tout d’abord, après ses deux premiers départs de la saison, sa position sur la grille est déterminée par un tirage au sort de groupes de pilotes formés selon les points du propriétaire des équipes. Les meilleurs dix tirent pour les positions 1 à 10, le deuxième groupe, dont fait partie Raphaël Lessard, tire pour les positions 11 à 20 sur la grille, et ainsi de suite. Toujours partir entre la 11ème et la 20ème place lui impose d’avoir à remonter vers le peloton de tête à chaque épreuve.

De plus, il se retrouve souvent sur des pistes qu’il ne connaît pas, et sans le bénéfice d’essais ou qualification pré-course selon les règles sanitaires mises en place par NASCAR depuis la reprise, en mai dernier. En début de course, il doit alors aussi apprendre les trajectoires et caractéristiques de la piste, en plus de son apprentissage normal.

Progression constante...

Outre ces défis et autres incontournables, n’oublions pas que Raphaël se retrouve en piste avec des vétérans et des plus jeunes tous avides de résultats et sans considération pour leurs concurrents. À l’écouter parler avec ses équipiers en course, on sent bien ses efforts pour décrire le comportement de la voiture, chercher les meilleures trajectoires, ajuster ses trajectoires et son pilotage selon les réactions de la camionnette et l’état changeant de la piste, et ce, jusqu’à la tombée du drapeau à damiers.

L’apprentissage n’est pas un frein pour Raphaël Lessard qui démontre des améliorations constantes, perceptibles à toutes les courses. L’équipe KBM est unanime sur ce point : le jeune pilote se donne à 100% en course comme hors-piste, communique de mieux en mieux au niveau technique, demeure toujours positif et ouvert à tout essayer.

Essayer, c’est justement ce que Lessard espérait pouvoir faire lors du programme double le week-end dernier (vendredi soir le 24 et samedi après-midi le 25 juillet), au Kansas Speedway. Une occasion unique d’apprendre le tracé et de trouver de bons réglages lors de la course du vendredi soir, puis d’appliquer toutes ces informations et optimiser son résultat le samedi.

Parti 12ème au volant de sa sa Tundra Mobil 1 / Quincaillerie Richelieu, Raphaël rencontra rapidement du sous-virage, le laissant 16ème au final sans avoir pu résoudre le problème. coéquipiers ne firent guère mieux : Christian Eckes 13ème et Brandon Jones 14ème. Un désastre pour l’équipe KBM, qui attaque alors le problème et détermine que les trois camionnettes étaient plus lentes d’une seconde en piste que les calculs faits sur le simulateur maison de l’équipe.

Les grandes équipes font toutes appel à des simulations détaillées avant chaque course pour déterminer des réglages de base pour leurs voitures. On pose alors des hypothèses, et les techniciens avaient sans doute mal anticipé les caractéristiques des pneus et de la surface de la piste, laissant le simulateur exagérer les performances et créer des chronos plus rapides que la réalité rencontrée vendredi soir.

De nouveaux réglages générés par l’ordinateur avec les nouveaux paramètres ont ensuite été indiqués aux trois pilotes, en vue de la course du samedi après-midi. L’amélioration s’avéra nette. Selon Raphaël, Christian Eckes fut le premier à mettre à profit ces réglages, lui permettant de terminer 2ème en course. Ce jeune pilote possède une énorme expérience avec des voitures de type NASCAR puissantes sur des ovales moyens, ce qui lui a permis de peaufiner les nouveaux réglages en seulement deux arrêts. Une comparaison rapide démontre la différence d’expérience entre les deux recrues et explique la rapidité de diagnostic de Eckes : ce dernier totalise aujourd’hui presque 100 courses à haut niveau, dont 22 en camionnettes et 46 en ARCA. Pour sa part, Raphaël totalise environ 55 courses à haut niveau, dont 15 en camionnettes et 5 en ARCA.  

Brandon Jones et Raphaël Lessard durent chercher plus longtemps avant de trouver la solution magique, finalement appliquée lors d'une neutralisation à la camionnette du Québécois alors qu'il ne restait que 17 tours à la course. La bonne nouvelle est que la voiture marchait ensuite à merveille et promet d’en faire de même pour les courses suivantes. De plus, Lessard apprend rapidement et réduit graduellement l’écart avec Eckes.

Une technique à apprendre

Cette remontée de Raphaël en fin de course démontrait comment ce dernier apprend en piste. Doubler un pilote un tout petit peu plus lent que vous demande une technique bien spécifique qu’il travaille à appliquer depuis le début de la saison : on doit aborder les virages un peu moins fort qu’à la normale, laissant l’autre se faire une avance de quelques mètres, puis changer de direction au centre du virage plus abruptement et ensuite accélérer à fond avant l’autre. On arrive derrière lui plus rapidement et on le double rapidement pour ensuite placer son bolide de façon à le ralentir et ruiner sa sortie de virage. La théorie semble simple, mais tout se passe dans les écarts, les positions sur la piste, un freinage précis et la patience de bien faire les choses ou de se reprendre le tour suivant.

Selon Raphaël : « la machine était très bonne, capable de monter dans le Top 10. Je doublais sans avoir à ralentir (comme me disait mon équipe) jusqu’à la 11ème place, mais le pilote en 10ème, Chase Purdy, m’a poussé hors-piste, endommageant l’avant et ainsi réduire l’appui » Raphaël a fini 11ème. Il conclut : « ma camionnette était magique, moins dure sur les pneus, facile à piloter en amorce de virage et en changements de trajectoire, bonne partout sur la piste, rapide lors des relances, et enregistrant des chronos identiques à ceux des meneurs en fin de course ». De très bon augure pour les prochaines épreuves…