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22 mai : Janet Guthrie écrit l’histoire en devenant la première femme qualifiée pour l’Indy 500

22 mai : Janet Guthrie écrit l’histoire en devenant la première femme qualifiée pour l’Indy 500

Vendredi 22 mai 2020 par René Fagnan
Crédit photo: Archives Indianapolis Motor Speedway

Crédit photo: Archives Indianapolis Motor Speedway

L’histoire peu banale de Janet Guthrie, c’est celle d’une ingénieure en aérospatiale, qui a bien failli être choisie comme astronaute par la NASA, et qui est devenue la première femme à se qualifier pour la prestigieuse course des 500 Milles d’Indianapolis en 1977.

Née à Iowa City en 1938, Janet Guthrie n’a jamais hésité une seule seconde à s’attaquer à des domaines qui étaient alors exclusivement réservés aux hommes. Les jeunes femmes d’aujourd’hui peuvent, je crois, avoir bien du mal à comprendre à quel point des ségrégations, de couleur de peau et de genres, régnaient alors en Amérique.

Dans ce monde presque exclusivement blanc et masculin, Guthrie a obtenu sa licence de pilotage d’avion à l’âge de seulement 17 ans. Après avoir été diplômée de l’université de Michigan en génie mécanique, elle a été l’une des quatre femmes à avoir été choisies par la NASA pour intégrer son programme de scientifiques-astronautes. Elle ne fut toutefois pas retenue, car le poste exigeait un niveau de doctorat qu’elle ne possédait pas.

Son esprit analytique et son goût du risque et des émotions fortes lui font découvrir les plaisirs du sport automobile. Elle commence à courir en 1972 aux commandes d’une Jaguar XK140 dans des courses de clubs du SCCA. Dix ans plus tard, elle décroche la victoire dans sa catégorie à deux reprises aux 12 Heures de Sebring. Guthrie finançait alors ses courses avec son salaire d’ingénieur, préparait elle-même ses moteurs et dormait dans le camion qui tractait sa remorque.

En 1976, elle effectue ses débuts en stock-car et devient la première femme à disputer une course de la Winston Cup de NASCAR sur un superspeedway, celui de Charlotte, où elle termine en 15e place. La même année, elle effectue les essais de l’Indy 500, mais ne tente pas sa qualification.

L’année suivante est celle de ses exploits. Tout commence en NASCAR où elle devient la première femme à se qualifier pour le Daytona 500. Partie 39e, elle parvient à franchir l’arrivée en 12e place. Quelques mois plus tard, elle se retrouve aux commandes d’une Lightning à moteur quatre cylindres Offenhauser sur le fameux Brickyard d’Indianapolis.

Sa présence dans ce “Boys’ Club” très fermé n’est pas bien perçue par la majorité des pilotes, directeurs d’écuries, journalistes et spectateurs. Guthrie doit faire face à une certaine hostilité qui ne la met pas vraiment en confiance pour attaquer ce redoutable ovale de 2,5 milles. D’ailleurs, durant les essais, elle fracasse sa monoplace contre le muret de béton. Elle n’est pas blessée, mais le châssis et le moteur ont souffert.

L’équipe Bryant Air Conditioning Special de Rolla Vollstedt travaille sans relâche afin de remettre la voiture en état et prête pour les qualifications.

« Lors de mon tour de chauffe, j’ai vite compris que mon moteur ne tournait pas rond. Probablement à cause d’un ennui avec la chaîne de distribution suite à mon accident » a raconté Guthrie au magazine NPR. Sachant que le moteur risquait probablement de lâcher, elle décide de tenter le tout pour le tout et d’effectuer ses quatre tours de qualification. Elle s’apprête à vivre les trois minutes les plus longues de sa carrière de pilote...

Accélérateur soudé à fond, elle voit l’aiguille du manomètre de pression d’huile s’affoler. S’efforçant de piloter de façon aussi coulée que possible afin de ne pas trop pénaliser le moteur, elle frôle le mur à chaque sortie de virage. Elle parle à son moteur : “Tiens bon, tiens bon...”. Dernier tour. À la sortie du virage 4, l’aiguille chute à zéro. Plus de pression d’huile. Mais le valeureux Offenhauser tourne encore et propulse la monoplace de Guthrie vers le drapeau à damier.

« Je crois que je n’ai pas respiré une seule fois jusqu’à l’arrivée... J’ai vite su que j’avais roulé assez vite pour prendre le départ des 500 Milles » a-t-elle ajouté. Guthrie s'est qualifiée à la vitesse moyenne de 188,403 m/h, soit 303,205 km/h.

Par contre, sa course n’a duré que 27 tours, car la chaîne de distribution, effectivement endommagée, a fini par lâcher.

« Ce fut en exploit si important il y a 40 ans de cela » a-t-elle déclaré. « C'est difficile à imaginer aujourd'hui, mais on s’est finalement rendu compte que si une femme pouvait se qualifier pour les 500 Milles d'Indianapolis, les femmes pouvaient accomplir n'importe quoi dans la vie. C’était une idée passablement révolutionnaire à l'époque. »