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Jacques Villeneuve : Le passé, le présent… et ce qui l’a poussé à la retraite !

Jacques Villeneuve : Le passé, le présent… et ce qui l’a poussé à la retraite !

Jeudi 5 mars 2020 par Marie-Lyse Tremblay
Crédit photo: Bruno Dorais

Crédit photo: Bruno Dorais

Après avoir évoqué la participation de son frère Gilles Villeneuve aux 24 Heures de Daytona (en février 1976), Pole-Position consacrera, dans la prochaine édition du magazine (parution le 17 mars), la section "Le jour où…" à un moment d’importance dans la carrière de Jacques Villeneuve. Lequel ? On vous réserve la surprise.

Mais discuter avec "Jacquot" du passé et du présent du sport automobile ne peut se résumer en quelques mots. Avec lui, les réponses sont au même rythme que lorsqu’il prenait place derrière un volant ou le guidon d’une motoneige : à fond ! Jacques Villeneuve est sans filtre dans ses propos, et c’est là un élément d’importance. Oubliez certains jeunes pilotes de monoplace qui ont appris à répondre poliment et ne rien dire vraiment, avec Jacques on est dans le direct.

Parlant du passé, il n’hésite d’ailleurs pas à indiquer : « Ce que je trouve dommage des voitures d’aujourd’hui, c’est qu’elles sont collées à terre, comme un train sur des rails et tu ne peux pas les mettre en glissade, c’est platte ! J’aime la vieille conduite où on glissait un peu, d’un bord ou de l’autre sans perdre trop de temps. Il y avait du temps à gagner par rapport à d’autres pilotes avec cette technique autrefois. Mais de nos jours, ce n’est plus le cas ».

Le ton est donné mais Jacques ne veut pas pour autant passer pour le vieux qui sait tout ! « Je ne veux pas être négatif en racontant tout ça, les jeunes qui vont lire ceci vont dire "hé, y’é tu malade lui ? C’est l’fun piloter ces voitures de course de nos jours". Je ne dis pas que ce n’est pas agréable mais avec toute la technologie embarquée, c’est très différent du pilotage d’avant. Ce n’est pas le même principe… et je n’aime pas ça ! »

Jacques précise : « Chacun ses idées et ses goûts. J’aime me battre avec la voiture, faire partie de l’auto, elle a confiance en moi et j’ai confiance en elle. Il me semble que ce n’est plus le principe sur une piste aujourd’hui. Il faut faire confiance à un ordinateur, un ingénieur qui nous fait analyser des données. Les informations que l’on donnait à l’équipe dans le temps, on les reçoit maintenant électroniquement. Point final, le pilote me semble donc moins important, en tout cas c’est ce que j’ai comme impression », avant de conclure sur ce point : « je n’abaisse pas ceux qui pilotent de nos jours, ils ont leur talent et leurs manières de travailler mais je ne pense pas que ça procure autant de plaisir qu’autrefois. Ceci dit, je ne veux pas dire que Lewis Hamilton et les autres gars qui pilotent en F1 ne sont pas bons, mais ils ont un autre style, ce n’est pas le même effort physique que c’était dans le temps, ou le même effort de la tête pour calculer tout de manière à faire avancer l’auto. Quand on compare les chronos, c’était mois vite autrefois mais il fallait que tu sois un cowboy pour mener ces voitures à la limite. Je parle ici du temps de mon frère et compagnie ».

Après avoir fait carrière en Formule 1600, en série Honda, en Atlantique, en IndyCar, en Endurance et même brièvement en F1 (deux non qualifications au début des années 1980), Jacques est revenu à la discipline de ses débuts en sport automobile en 2015, le temps de disputer les Grand Prix du Canada et de Trois-Rivières en championnat canadien de F1600, sur une Vector-Ford. Il se remémore ces derniers instants passés derrière le volant d’une monoplace : « C’est Marcel Lafontaine qui avait trouvé les commanditaires et la voiture pour que je puisse me joindre à son championnat de F1600. Il voulait avoir un nom un peu connu pour créer un attrait médiatique pour la série » relate Jacques. « J’ai trouvé ça bien l’fun, ça faisait très longtemps que je n’avais pas piloté une de ces voitures-là, en fait depuis 1974 à l’école Jim-Russell à Tremblant. Ce n’est pas la voiture la plus puissante mais c’est quand même rapide à sa manière, comme c’est fragile aussi à sa manière ».

Reverra-t-on un jour Jacques Villeneuve, qui a aujourd’hui 66 ans et a connu plusieurs graves accidents ces dernières années en motoneige, en plus de vaincre un cancer, derrière un volant ? Et pourquoi pas sur le circuit portant le nom de son frère en juin prochain ? D’emblée, il précise : « C’est une piste comme une autre, rien d’extraordinaire pour moi d’être sur le circuit qui porte le nom de mon frère. Pour moi, une piste est une piste. Montréal est un circuit très l’fun, avec ses virages qui demandent à être pris au bon endroit, au bon moment. Ce n’est pas comme Trois-Rivières avec ses murs, c’est différent un petit brin mais c’est le même principe, n’importe quel tracé demande d’aller à l’extrême, de jouer sur la limite pour gagner ».        

Quant à le revoir en piste, il nous répond sans détour : « ma maladie du sport est passée. Ce que j’ai réalisé en 2016 en motoneige, c’est que j’ai commencé à avoir une crainte en moi, chose que je n’avais jamais eu auparavant. Je ne m’étais jamais posé de question avant 2016. Mais ce week-end là à Valcourt, j’avais un problème avec mon système de carburation en début de week-end. On a résolu le problème le samedi soir et c’était corrigé pour le dimanche matin et j’étais alors très rapide. Mais la motoneige avait un petit côté vicieux, elle a mordu dans une trace et je me suis ramassé dans le mur tout d’un coup. J’avais déjà une crainte le vendredi et le samedi, je ne courrais pas à 100% et ça c’est négatif. Quand j’ai eu cet accident-là, je me suis dit que c’était terminé ».

Jacques conclut à propos du sport automobile : « Je ne dis pas non à une invitation pour venir parader mais disputer une course pour gagner, c’est terminé pour moi. Je n’ai plus la même motivation, la crainte s’est installée et je ne peux plus aller chercher le petit 10% nécessaire pour gagner. Je n’aurais jamais pensé que ça m’arriverait, je croyais faire de la course jusqu’à 80 ans ».