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Entrevue Yves Barbe après le Tall Pines : 15 ans plus tard, ça reste un rallye sournois !

Entrevue Yves Barbe après le Tall Pines : 15 ans plus tard, ça reste un rallye sournois !

Mercredi 27 novembre 2019 par Philippe Brasseur
Crédit photo: Yves Barbe Rallye

Crédit photo: Yves Barbe Rallye

Il avait prévu faire 3 rallyes pour son retour à la compétition, après 15 ans d’absence. Yves Barbe en aura finalement disputé 4, le Tall Pines, disputé le week-end dernier à Bancroft (Ontario) s’ajoutant à la liste des trois rallyes québécois initialement prévus.

Pour le vétéran pilote lavallois, ce fut aussi l’occasion d’un second Top 6 en ligne, après celui décroché un mois plus tôt au rallye de Charlevoix. Retour sur l’avant, pendant et après l’événement avec les propos toujours intéressant d’un pilote plus motivé que jamais !

Yves, tu n’avais initialement pas prévu disputer le Tall Pines. Pourquoi ce revirement ?

Ce rallye m’a toujours attiré. Mon entente avec Test Racing était de faire les 3 événements du Québec. Et comme j’ai eu la chance de trouver un budget, mon interrogation était de considérer un rallye supplémentaire cette saison ou d’attendre le Perce-Neige 2020. Sachant que mon copilote Ian Guité était déjà engagé avec Sébastien Clark, je me devais de trouver un autre copilote. Donc, tout était simple : un budget, pas de copilote et une voiture à faire préparer à la dernière minute ! Mais après un coup de fil à Mathieu Dubé, le proprio de Test Racing, j’ai eu la confirmation que la voiture serait prête à temps. Vraiment une équipe hors du commun… Nouveau parechoc avant, une nouvelle roue, un nouvel étrier avant, 4 pneus neige/glace, plus 4 pour le gravier. Sincèrement, avec cette équipe, c’est demandé et recevez; plus efficace qu’un "fast food" moderne !

Restait le choix du nouveau co-pilote…

En effet, mais un simple appel téléphonique avec Hubert Gaudreau et c’était réglé. Puis j’ai contacté mes commanditaires, Solugaz, Publimage, Transport Canmar, MB Laval, Le Mirage resto-Motel et motoneigecharlevoix.com, et c’était parti pour Bancroft !  Hubert c’est chargé de toute la paperasse et des technicalités, et nous voilà au Tall Pines.

Le Tall Pines est un événement réputé difficile, piégeux. Comment l’as-tu abordé après autant de temps sans y avoir pris part ?

Dans le passé, ce rallye m’avait fait connaître la patience et la persévérance. C’est un rallye piégeux, c’est vrai. Sournois et imprévisible même. Il peut te briser en une fraction de seconde. Le moindre écart, la moindre faute et tout s’arrête. Tu ne peux relâcher ta concentration à aucun moment. Donc, je savais à quoi m’attendre. Dans ma tête, c’était clair.  Ça n’avait sûrement pas changé, mais une nouveauté m’attendait : avec Hubert, nous avions décidé de faire mes notes, à ma façon et à ma vision du déroulement d’une spéciale. Avec quelques bons conseils d’Hubert, c’est comme ça que nous avons procédé. Et j’avoue, j’ai trouvé une véritable différence lors des spéciales. Le rythme était constant et je retrouvais mes repaires sur le tracé des épreuves de vitesse. Et les bons conseils en matière de pneus de Mathieu m’ont permis de faire de bons temps. Donc, tout allait pour le mieux. Nous avons réussi à remonter en cinquième place, sans vraiment prendre de risques.  Jusqu’au moment où je me suis fait surprendre par un saut que j’avais mal évalué. Nous sommes retombés lourdement et mon coude gauche a frappé fortement la cage de protection. Mon dos a subi une vive douleur. Nous avons terminé la spéciale et la suivante avant un service. Heureusement, elles étaient courtes. Je me suis gelé le dos avec un produit miracle, ce qui m’a fait le plus grand bien. Et nous sommes repartis refaire la même boucle, dont la spéciale Egan de 26 kilomètres.

Cette spéciale était attendue sur gravier mais elle s’est révélée extrêmement glacée. C’est la première fois en 15 ans que tu retrouvais de telles conditions. Compte-tenu de ta blessure, as-tu envisagé d’abandonner ?

Non, pas question d’arrêter. Cette spéciale ne pardonne pas, en effet. C’était une surface glacée presque tout le long, avec ses courbes cachées mais aussi beaucoup de trous et de roches. Dans le premier passage, 2 voitures avaient fini sur le toit, et plusieurs ont eu des crevaisons. Pour moi, les choses étaient simples et le mot d’ordre dans l’auto est devenu : nous sommes en mode survie ! Pas question de prendre le moindre risque. Je ne me sentais pas en pleine forme, mon bras gauche était quelque peu engourdi chaque fois que je tournais le volant vers la gauche et que j’accrochais la cage de sécurité. Mon dos supportait aussi mal les coups de la suspension sur les bosses. Mais je tenais à finir ce rallye. Après Egan, il restait 4 spéciales. Pas le droit à l’erreur.

D’autant qu’en sport automobile en général, mais à ce Rallye Tall Pines en particulier, on peut tout perdre en une seconde…

Oui, c’est d’ailleurs ce qui est arrivé à Marc-André Brisebois, l’un de mes coéquipiers. Il faisait un superbe rallye et se dirigeait vers un podium. Puis tout s’est arrêté dans une courbe plus glissante que prévue. Aucun pardon. Sortie de route et dommage important sur la voiture. Pour notre part, nous avons réussi à finir ce rallye en prenant aucun risque inutile. Mon expérience m’a toujours servi. Lorsque tu ne sens pas que tu es à 100%, ne pousses pas inutilement. Écoutes ton corps et ton esprit ! Il y a des jours où tout va bien et d’autres ou ça va moins bien. Nous faisons un sport dispendieux, avec un danger toujours présent. Nous le faisons bien sûr pour le plaisir, l’adrénaline que ça nous procure et la conduite extrême, mais personne ne va être plus riche après un rallye de championnat canadien, peu importe sa position au classement. La gloire est éphémère, bien que les titres soient toujours importants.

Malgré tout, tu gardes un bon souvenir de ce dernier événement 2019 ?

Absolument. C’est peut-être mon âge qui parle, mais dans ma vie de compétiteur, je me suis fait plaisir. J’ai aussi fait tripper des spectateurs, éblouis des fans et des enfants. J’ai fait naître des passions dans le cœur de plusieurs personnes. Montrer qu’on peut se surpasser en conduite automobile, viser les sommets et explorer des chemins inconnus de la vie. C’est ça une passion.

Donc tu seras de retour pour la saison 2020 ?

Oui, je ne veux pas m’arrêter tout de suite. J’ai un but et je veux l’atteindre, soit d’obtenir le statut de Grand Maître en championnat canadien. Je vous promets de vous épater encore en vous faisant vivre des moments inoubliables. Nous avons complété le Tall Pines en sixième position au général et en quatrième en classe ouverte, maintenant c’est rendez-vous en 2020 !