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Ford contre Ferrari (film Le Mans 66) : Quelques invraisemblances mais un excellent divertissement !

Ford contre Ferrari (film Le Mans 66) : Quelques invraisemblances mais un excellent divertissement !

Mardi 26 novembre 2019 par Philippe Brasseur
Crédit photo: 20th Century Fox

Crédit photo: 20th Century Fox

Événement de l’automne et même momentanément numéro 1 des entrées dans les cinémas aux États-Unis ce mois-ci, le film Ford contre Ferrari (appelé Le Mans 66 dans une majorité de pays) suscite les commentaires les plus divers depuis sa sortie. Est-il un bon film et va-t-il plaire à tous les passionnés de sport automobile ? Il fallait le regarder objectivement pour tenter de répondre à la question. Analyse…

Si vous considérez ce film comme un divertissement, une fiction avec quelques erreurs et omissions historiques, Ford contre Ferrari est un très bon film. Il devrait cependant s’appeler Ford contre Carroll Shelby, tant la rivalité avec Ferrari n’apparaît par moment que le prétexte à mettre en image l’histoire d’un pilote imposé par Shelby, Ken Miles.

La plus belle réussite de ce divertissement va assurément à l’aspect technique : des voitures parfaitement bien restituées telles qu’elles l’étaient en piste dans les années 1960, des scènes d’action montrant vraiment les circuits de Daytona et du Mans, des garages à l’identique à ceux qui existaient sur le célèbre circuit français dans ces années-là et même certains détails, comme ces fameux téléphones pour communiquer entre les loges et les puits, très caractéristiques du Mans. Tout cela est pleinement crédible et donne vraiment l’impression que l’on revit quelque peu ces grandes heures de l’Endurance.

L’un des passages les plus savoureux est assurément la négociation entre les émissaires de Ford et Enzo Ferrari, pour le rachat de la marque italienne par le géant américain. Si l’on se fie à l’autobiographie du Commendatore lui-même, cette séquence du film semble crédible.

Hélas, le scénario n’est pas toujours très solide. Très axé sur la relation d’amitié entre Shelby et Miles, il présente ce dernier comme un héros américain dans la lignée des Dale Earnhardt ! Certes, Miles était réputé impulsif et… doté d'un grand talent. Mais ce Britannique (ce que le film ne souligne pas) était le 4ème pilote dans l’organigramme Ford en 1966 et, en dépit de ce que le film veut nous faire croire, ses trois coéquipiers étaient nettement plus expérimentés et renommés que lui. Au palmarès déjà plus imposant aussi.

Dès lors, faire passer les Néo-Zélandais Denny Hulme, l’équipier de Miles sur la GT40 MKII No.1 en 1966, ainsi que Bruce McLaren et Chris Amon, les lauréats de ces 24 Heures du Mans 1966 avec la No.2, au rang de faire-valoir est pour le moins désagréable.

D’autres erreurs nous ont quelque peu dérangé, mais on va dire qu’elles elles sont mineures dans un film qui dure pas moins de 2 heures 35 minutes. Ainsi, il ne faisait pas grand soleil au moment où les Ford GT40 MKII ont croisé la ligne d’arrivée, comme l’attestent les photos de l’époque, mais il pleuvait. La FIA n’existait pas non plus. Et Enzo Ferrari n'a jamais assisté à l'épreuve au circuit.

Parmi les scènes dramatiques, saluons la décision du réalisateur, James Mangold, de n’être pas tombé dans les cascades invraisemblables, à l’image de l’épouvantable Driven de Sylvester Stallone en 2001. Il y a certes quelques exagérations mais, même l’accident mortel de Ken Miles, dont le personnage est impeccablement joué par Christian Bale, est montré avec beaucoup de retenue. Miles a en effet perdu la vie lors d’essais sur le circuit de Riverside à peine deux mois après les 24 Heures du Mans 1966.

Malgré tous ses défauts, Ford contre Ferrari est intéressant, surtout au niveau du jeu des acteurs. Matt Damon, qui joue Carroll Shelby, est remarquable. Et si ce film est loin de l’intérêt de productions comme Le Mans, réalisé par Lee Katzin et Steve McQueen en 1970 (la référence des films ayant jamais été tourné autour des 24 Heures du Mans), il est somme toute un très bon divertissement.

À l’image de Rush, qui montrait la rivalité entre Niki Lauda et James Hunt en F1 dix ans plus tard, il a aussi le mérite de parler de manière respectueuse de sport automobile et faire découvrir aux plus jeunes ou rappeler aux plus anciens, même de manière romancée, ce qui fut tout de même l’une des grandes pages de l’Histoire de l’Endurance. Un film à voir assurément.