Revenu chez lui au Québec après avoir passé les trois dernières années à titre de directeur de l’exploitation au sein de l’écurie de Formule 1 Williams, Frédéric Brousseau nous raconte en exclusivité ce qu’il a vécu et nous parle de ses projets futurs.
Diplômé de l'Université de Sherbrooke en génie mécanique et détenteur d’une maîtrise en administration des affaires des HEC, Brousseau a longtemps travaillé chez Pratt & Whitney Canada avant d’accepter l’offre faite par Williams en mars 2023 pour gérer les domaines opérationnels de l’écurie.
« Je suis revenu ici un peu avant Noël. C’était mon deuxième mandat à titre d’expatrié et j’avoue que le retour au pays n’est jamais facile. Je vivais seul au Royaume-Uni et ici je retrouve les obligations familiales quotidiennes. Ça fait un mois que je n’ai pas pris l’avion et je trouve ça bizarre ! » nous a-t-il raconté la semaine dernière.
« J’ai adoré l’expérience de la F1. J’ai découvert une nouvelle industrie, de nouvelles façons de procéder, le cycle du produit, son design et la gestion de plusieurs projets menés de front. J’ai fait ce que j’ai pu chez Williams avec des plans de transformations, du nouveau leadership avec des plans de développement, on a fait évoluer la culture et on a construit un nouveau simulateur » poursuit-il.
Brousseau fait un premier constat. « Williams a connu une super bonne progression de ses performances. Entre 2023 et 2025, en deux ans, on est passé de la 10e à la cinquième place au championnat. Nous avons appliqué des solutions à court terme, mais nous n’avons pas résolu les gros problèmes fondamentaux afin de battre McLaren, Red Bull et Mercedes. Pour y arriver, il faut vraiment changer l’organisation » dit-il.
« Je viens du monde de l’aviation où il faut résoudre les problèmes avec des solutions permanentes en allant au fond des choses. En F1, j’ai souvent constaté qu’on trouve une solution rapide afin de faire face au prochain Grand Prix. Souvent les écuries ne règlent pas les causes fondamentales des problèmes. Elles appliquent trop souvent des solutions à très court terme, car ça prend du temps pour vraiment régler un problème fondamental ».
Dans quel domaine investir ?
Brousseau a aussi milité pour que Williams fasse construire une nouvelle usine aussi appelée campus dans le milieu de la F1. « Cela fait trois ans que James Vowles dit qu’il faut rebâtir le campus de Williams. Ça c’est un projet qui va prendre trois ou quatre ans au minimum avant de porter ses fruits. C’est aussi un investissement de plusieurs centaines de millions de dollars. Ça, c’est justement le genre de projet qui n’avançait pas très vite ». Il ajoute un point majeur : « L’écurie a embauché 300 ou 400 nouvelles personnes au cours des trois dernières années, ce qui fait qu’aujourd’hui l'écurie est coincée avec une grosse masse salariale qui limite sa volonté de rebâtir un nouveau campus ».
Était-ce à cause d’un manque de budget ? « Ça n’a jamais été un problème d’argent. Depuis que Williams a été acheté [par Dorilton Ventures], il n’y a pas eu de problème de financement. Je pense que c’est plutôt un manque de confiance ; de ne pas laisser l’équipe de direction prendre les décisions. Le conseil d’administration limitait pas mal les actions que je pouvais prendre. En 2023, le conseil a recruté cinq leaders avec de bons C.V. comme James Vowles Pat Fry, Ann Perrins et moi. Si l’organisation nous a recruté, elle devrait nous laisser prendre les décisions ».
Brousseau s’interroge sur l’avenir de l’écurie Williams. « Les moteurs sont nouveaux cette année et l’écurie Williams est chanceuse, car le Mercedes est, en théorie, le meilleur. Si Williams produit une voiture “correcte”, elle devrait figurer au quatrième ou cinquième rang à la fin de saison, mais selon moi en dernière place des écuries motorisées par Mercedes. Mais quand la situation va se stabiliser, dans deux ou trois ans, Williams, sans avoir fait ces investissements majeurs, va reculer au classement. On doit aussi tenir compte de l’arrivée de Cadillac qui a investi beaucoup d’argent dans son organisation et Audi qui arrive en F1 avec ses gros canons » affirme-t-il.
Frédéric Brousseau nous confie prendre un peu de repos après trois années intenses. « Je prends mon temps et je ne retournerai pas chez Pratt & Whitney. J’ai été engagé par Williams pour gérer une organisation et c’est ce que j’ai fait du mieux que j’ai pu. Je ne suis pas un gars de courses automobiles. Ce qui m’intéresse est la haute technologie. Je veux aider l’industrie québécoise. Il y a tellement de bonnes PME à aider. Alors je rencontre des gens du milieu et je vois ce qui s’offre à moi » termine-t-il.
F1: Le Québécois Frédéric Brousseau raconte ses trois années passées au sein de l’écurie Williams
Vendredi 30 janvier 2026 par René FagnanCrédit photo: Facebook Frédéric Brousseau






