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8 juillet : Keke Rosberg garde la tête froide et remporte l’unique GP F1 de Dallas

8 juillet : Keke Rosberg garde la tête froide et remporte l’unique GP F1 de Dallas

Mercredi 8 juillet 2020 par René Fagnan
Crédit photo: René Fagnan

Crédit photo: René Fagnan

Quoi ? Il y a déjà eu un Grand Prix de Formule 1 à Dallas ? Dallas, au Texas ? Oui, en effet. Pourquoi ? Simplement une affaire de gros sous.

Au début de années 80, la ville de Dallas était connue partout dans le monde essentiellement à cause du fameux feuilleton télévisé “Dallas”, traduit dans à peu près toutes les langues et diffusé dans presque tous les pays. À ce moment, deux hommes d’affaires texans ont l’idée de faire rayonner leur ville encore un peu plus. Leur idée est d’y organiser un Grand Prix de F1. Attiré par les dollars américains, Bernie Ecclestone a immédiatement dit oui. Le Grand Prix a eu lieu le 8 juillet 1984, après celui du Canada le 17 juin et celui de Détroit le 24 juin.

C’est à partir de ce moment que tout va beaucoup trop vite. En quelques mois, un circuit urbain sans saveur est tracé autour du Cotton Bowl dans le Fair Ground de Dallas. Un parcours totalement artificiel, sinueux, bosselé, sans dégagement et bordé de murets de ciment trop hauts qui bloquent la vue des pilotes.  Comme ce fut le cas à Détroit, les organisateurs ne tiennent pas de course préalable afin de valider le tracé et de roder le personnel. Grossière erreur...

Le Texas en été, c’est une fournaise. Dès les premiers tours des voitures de F1 et leurs moteurs turbo de 1000 chevaux, l’asphalte se désagrège. Le soleil tape fort et le mercure grimpe à 35 degrés C. Les techniciens de Goodyear enregistrent une température de 66 degrés C sur la piste ! Nigel Mansell, sur une Lotus-Renault 95T, réalise un tour super rapide au début de la première séance de qualification et son chrono est finalement bon pour la pole position. Son coéquipier, Elio de Angelis, signe le second meilleur temps. Il s’agit de la première ligne de départ toute Lotus depuis 1978.

La course de la série Can-Am, tenue samedi après-midi, achève de détruire la piste. La météo prévoit la canicule pour la journée de dimanche. Pour éviter les grosses chaleurs, le départ est devancé à 11h et la séance de réchauffement est prévue pour... 7h30 du matin ! Elle n’a finalement pas lieu, car les équipes d’intervention réparent plusieurs virages. Une “pipine” arrache l’asphalte et on coule du ciment à prise rapide. Mais il fait déjà si chaud que le ciment ne durcit pas ! À moins d’une heure du feu vert, des travaux de réparation ont encore lieu.

Les mécanos installent des conduits d’air partout sur les voitures et placent des kilos de glace sèche sur les organes mécaniques pour tenter de lutter contre cette chaleur suffocante.

Mansell s’envole en tête et domine la première moitié de la course malgré les attaques répétées de Keke Rosberg sur sa Williams-Honda FW09. Il fait si chaud que les mécaniciens de l’écurie Osella versent un plein bidon d’eau sur leur pilote, Piercarlo Ghinzani, durant son arrêt au puit. René Arnoux, qui s’était qualifié quatrième à bord de sa Ferrari 126C4, effectue une remontée d’enfer depuis la ligne des puits, car son V6 turbo n’a pas voulu démarrer sur la grille.

Au 36e tour, Rosberg double Mansell qui connaît quelques ennuis de boîte de vitesses. Le Britannique rentre aux puits pour y faire monter quatre pneus neufs. Il revient en piste en septième place. Il y a de moins en moins de voitures en action, car plusieurs ont touché un muret de béton. Dix-huit des 26 pilotes abandonnent ce dimanche, dont 14 pour avoir percuté un muret.

Keke Rosberg complète les 67 tours en première place, grandement aidé par le port d’une cagoule réfrigérante de type NASCAR qui l’a grandement aidé à garder la tête froide. René Arnoux termine second après avoir doublé plusieurs rivaux et profité des nombreux abandons. De Angelis se classe troisième devant Jacques Laffite (Williams-Honda), Piercarlo Ghinzani (Osella FA1F-Alfa) et Nigel Mansell.

Le pauvre Nigel a touché le muret dans le dernier virage, ce qui a été fatal pour sa transmission. Enragé, il s’est extirpé du cockpit de sa Lotus noire et a commencé à la pousser dans le but de croiser l’arrivée. À bout de souffle et complètement déshydraté, le Britannique s’est affaissé par terre, inconscient, avant d’être transporté à l’hôpital où il a repris ses sens.

Comme on peut s’y attendre, le monde de la F1 a fortement critiqué l’organisation de cette course, et les deux hommes d’affaires du début, Don Walker et Larry Waldrop, ont perdu beaucoup d’argent dans cette aventure.

Évidemment, la F1 n’a plus jamais été revue dans les rues de Dallas.