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Témoignage : Le duel du GP de France 1979 raconté par Gilles Villeneuve !

Témoignage : Le duel du GP de France 1979 raconté par Gilles Villeneuve !

Vendredi 8 mai 2020 par Marc Cantin
Crédit photo: Archives Renault Sport

Crédit photo: Archives Renault Sport

Tous les amateurs de Gilles Villeneuve et de la F1 de l’époque ont gardé en mémoire l’explication musclée, avec contact, entre Gilles et René Arnoux, pour décider de la deuxième place au Grand Prix de France 1979, couru sur le circuit atypique de Dijon-Prenois, avec sa longue ligne droite et ses virages tortueux.

Pole-Position est revenu sur le sujet récemment (cliquez ici pour la nouvelle). Aujourd’hui, c’est le 8 mai, date commémorative du tragique accident du célèbre pilote québécois à Zolder, en 1982. Mais plutôt que de parler de ce triste événement, nous préférons plutôt revenir sur ce fameux GP de France 1979 avec un témoignage personnel. En effet, le hasard a voulu que je me retrouve par affaire à Amsterdam un lundi matin, une ou deux semaines après le Grand Prix de France du 1er juillet 1979, à 35 km du circuit de Zandvoort, où se tenait le Grand Prix des Pays-Bas. Poussé par la curiosité, j’enquille vers le bord de mer puis vers la piste, où j’entends un bruit de moteur rauque, comme s’il était muni d’un turbo. Seul Renault utilisait un turbo en F1 en 1979. La présence de l’équipe française voulait aussi dire celle du staff technique de Michelin et peut-être aussi de Ferrari, l’autre équipe disposant des pneus français.

En effet, un semi-remorque tout rouge se trouvait dans le paddock, cohabitant avec le jaune de Renault et le bleu de Michelin. Je retrouve ainsi Gilles Villeneuve dans un garage en conversation (en italien) avec ses mécanos, et j’ai eu droit à son « qu’est-ce que tu fais ici ? » Le sujet tourne alors rapidement à la bataille entre lui et Arnoux et Gilles me raconte la saga vue de son baquet. Mais à un moment, Jody Scheckter, le second pilote Ferrari, arrive, il nous entend parler français, me reconnaît et lance : « Montreal, squash (on avait joué ensemble avec Keke Rosberg Brian Henton et Derek Warwick), right? », puis il disparaît ! Gilles me raconte alors en détails ce qui est arrivé dans les derniers tours de la course à Dijon.

« Je prends un bon départ de la 3ème place sur la grille et me retrouve premier pour une bonne partie de la course, devant Jabouille, avec René Arnoux 9ème après un départ raté. Jean-Pierre Jabouille me rejoint après la mi-course et me doube facilement sur le long droit. Rien à faire, car en pilote intelligent, il avait géré ses pneus et sa consommation en roulant juste assez vite pour gagner la course. Le voilà devant moi avec pneus et essence pour bien rouler, alors que je suis OK pour l’essence, mais mes pneus arrière ont travaillé fort et commencent maintenant à glisser et me ralentir en sortie de virage, surtout sur le long droit. René Arnoux est plusieurs secondes derrière moi et je pense être bon pour finir deuxième » indique Gilles.

Il ajoute : « Ça tourne mal quand Arnoux me rejoint au fil des tours, et sa Renault me double facilement au bout du long droit, le seul endroit où on peut doubler en se glissant à l’intérieur (à droite) au freinage pour le premier virage. Dans ma tête, Jabouille a fait tout le travail de développement sur la Renault et c’est correct qu’il gagne. Mais pas question pour moi de terminer derrière Arnoux. Pour moi ce sera 2ème ou le clos ! ». Gilles poursuit : « L’entrée du premier virage est large et je décide de rester côte-à-côte avec Arnoux, à gauche sur la partie plus sale de la piste. Je réussis à rester en piste, mais je sais que la trajectoire extérieure est maintenant plus propre et donc collante, au cas où j’en aurais besoin en toute fin de course ».

Le pilote de la Ferrari 312 T4 numéro 12 relate ensuite les derniers moments de l’épreuve : « Il reste deux tours à la course et mon plan est de rester dans sa roue, car sa voiture semble moins rapide avec des ratés moteur. Je me demande même s’il ne va pas tomber en panne d’essence. Je sors donc parfaitement du virage 8, et je passe devant à l’amorce du dernier tour. Il me reste à le retenir pendant le dernier tour et prendre le drapeau à damier. Ça se passe ainsi. Je lève le pied après le damier et cherche Arnoux dans mon rétroviseur. Il arrive vite sur moi, et sa tête est avancée comme lorsqu’il pilote en course. Shit ! Je me suis trompé !  Arnoux est encore en mode course… Je comprends alors que je n’ai pas vraiment vu le damier. La course n’est pas terminée ! Il reste encore un tour. Je saute sur l’accélérateur, mais il est trop tard et Arnoux me double à l’entrée du virage 1. Si je bloque vers la droite en cul-cul, je ne sors pas de la piste vivant. Je joue clean et lui cède l’intérieur en entrée du virage 1 ».

Nous sommes maintenant dans les derniers virages, Gilles explique : « le tracé à gauche qui s’en vient est propre et je reste à ses côtés pour me retrouver pas trop mal placé pour l’autre courbe vers la gauche. On se frotte ensuite jusqu’à la vraie fin de course. Arnoux termine à 24 centièmes de seconde de moi. Il est frustré et me le fait savoir sur le podium, mais il sait qu’il a vécu une aventure extraordinaire et se calme assez vite pour en rire. On nous réclame ensuite devant les commissaires sportifs qui m’accusent de pilotage dangereux. Je réussis à les calmer, mais Arnoux, le p’tit rat, dit qu’il a eu peur, etc. La comédie ne marche pas et en fin de compte, on officialise ma position et je connais maintenant le vrai Arnoux un peu plus. Mon équipe et les journalistes ont adoré et René Arnoux et moi restons bon amis ».

La discussion se termine quand l’ingénieur en chef de Ferrari, Mauro Forghieri arrive et lui dit : « D’Gilles, la "voitoure" elle est prête » avec un bel accent italien combiné à un petit air à la fois sérieux et souriant, car lui aussi adorait Gilles Villeneuve.