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Entrevue Daniel Morad : La victoire en GTD se joue dans la dernière heure de course à Daytona !

Entrevue Daniel Morad : La victoire en GTD se joue dans la dernière heure de course à Daytona !

Dimanche 26 janvier 2020 par Philippe Brasseur
Crédit photo: Didier Schraenen

Crédit photo: Didier Schraenen

À une heure de l’arrivée des 24 Heures de Daytona, la lutte pour la victoire ne se joue pas seulement entre prototypes Cadillac et Mazda en classe DPi, pas seulement entre Porsche et BMW en GTLM, la bataille qui retient également beaucoup l’attention est celle que se livrent deux Lamborghini et l’Audi R8 de l’équipe WRT Speedstar pour le gain de la catégorie GTD.

L’équipe WRT Speedstar a misé sur une stratégie quelque peu différente de ses rivales, en faisant rouler les deux pilotes licenciés Amateurs (Daniel Morad et Rolf Ineichen) en alternance lors des 12 premières heures, avant de confier le volant de sa R8 LMS aux deux pilotes classés Pro, Dries Vanthoor et Mirko Bortolotti. Ces deux derniers ont pour mission d’aller chercher la victoire lors des dernières heures.

Pour le Canadien Daniel Morad, qui en est à sa 3ème participation aux 24 Heures, la situation est différente des éditions précédentes, mais le travail effectué hier et en début de nuit a beaucoup apporté à l’équipe, dont les dirigeants nous ont confiés être impressionnés par le professionnalisme du jeune pilote ontarien.

À moins d’une heure de l’arrivée, Daniel a répondu à nos questions. Entrevue express avec un pilote qui s’apprête à vivre une dernière heure pour le moins stressante aux 24 Heures de Daytona !

Daniel, comment as-tu vécu cette course, avec des relais qui se sont enchaînés durant la première moitié ?

« C’est un peu spécial, c’est la première fois que je fais les 24 Heures et que nous divisons le temps de pilotage de la sorte. C’est une bonne stratégie, ça permet de se reposer. Lors de mon premier relais, j’ai fait un peu plus de 3 heures, avec 3 arrêts aux puits. C’est assez long, surtout dans des conditions sèches mais il fallait que ça se fasse pour pouvoir mettre notre stratégie en place et permettre de bien nous positionner. J’ai eu beaucoup de plaisir en piste mais il faut rester concentré et ne pas se mettre dans le trouble… Même si le trouble finit toujours par nous trouver, en ce sens que j’ai eu quelques petites frayeurs mais rien de grave. Tout le monde a vu mes frictions avec la voiture No.74 mais avant ça, il y a eu aussi l’Aston Martin No.98. Je crois que le gars a raté son freinage au premier virage parce qu’il était très proche et il m’a tapé à l’arrière assez fort, j’ai une belle ecchymose à l’épaule suite à ce contact et je suis parti en tête-à-queue. La bonne nouvelle, c’est que je n’ai perdu que 3 secondes lors de cet incident. La Mercedes No.74, ça été plus difficile parce que j’étais pris derrière lui, il ralentissait le rythme mais c’était tellement tôt dans la course que ce n’était pas le temps encore d’attaquer… Je suivais et j’attendais d’entrer aux puits et puis 2 GTLM et 3 DPi sont venus mettre la pagaille en zigzaguant au milieu de nous juste à la chicane. La Mercedes a ralenti avant l’entrée et lorsque je suis arrivé à sa hauteur, elle a tourné sur moi. Mais nous avons été très chanceux lors de ce contact parce que normalement, ça cause beaucoup de dommages, mais notre voiture est très solide et je n’ai rien eu.»

Tu avais disputé tes premières 24 Heures de Daytona avec une Porsche, pis désormais, depuis l’an dernier, sur une Audi. Ce sont toutes deux des GT3, mais quelles sont les différences entre Porsche et la Audi ?

« Lors de ma première expérience, je n’avais pas d’attente, c’était en 2017 et nous étions tous des pilotes débutants avec cette voiture mais nous avons eu quand même du succès et ça a été vraiment le fun. L’an dernier avec l’Audi de l’équipe Land Motorsport, c’était différent, au niveau de l’équipe et de la voiture. Nous avions optimisé nos chronos, mais nous avions été vraiment pénalisés par la balance de performance imposée par la série. Malgré ce déficit, la fiabilité et la solidité de notre voiture ont fait que nous avons toujours été dans la course, on se situait au niveau du Top 3. À la fin, nous avons malheureusement écopé d’une pénalité pour le temps de pilotage… Cette fois, à ma deuxième année avec Audi, je suis beaucoup plus confortable dans la voiture. J’ai piloté plusieurs voitures ayant différentes configurations, au niveau de la position du moteur notamment, et la configuration de l’Audi R8 LMS avec le moteur central me convient parfaitement. La direction est beaucoup plus stable dans les virages, la distribution des masses est meilleure. La voiture est aussi très légère alors beaucoup plus facile pour le freinage. Quand on s’habitue à ces petits détails, c’est une voiture excellente pour Daytona, avec les bons ajustements. Pour la course en fin de semaine, notre balance de performance est bonne. Je ne dirais pas que c’est la meilleure mais au moins c’est compétitif pour notre classe.»

Le programme IMSA de l’équipe WRT Speedstar est bâti uniquement sur Daytona et vraisemblablement Sebring. Est-ce frustrant pour toi de ne pouvoir faire toute la saison ?

« J’aimerais beaucoup continuer avec cette équipe en espérant qu’on se rende loin cette saison. On discute pour Sebring, en principe on y sera et on verra pour la suite. Je crois que nous avons de très bonne chance pour le championnat d’Endurance si jamais on pouvait aller aussi à Watkins Glen et au Petit Le Mans. Mais bon, ça c’est ma vision de pilote.  Tous les pilotes veulent gagner… C’est un sport difficile mais je ne serais pas ici si je ne voulais pas gagner. Mais pour cela, on doit être bien entouré. J’ai été chanceux d’être avec des équipes incroyables pour mes 3 participations à Daytona. C’est aussi important que d’avoir de bons pilotes. C’est vraiment un travail d’équipe. Il y a 4 gars qui se relayent dans la voiture et si un seul fait une erreur, c’est la fin pour tout le monde… Ceci dit, c’est assez difficile en ce moment en sport automobile, tout dépend de l’argent. Même lorsqu’on débute, c’est un gros problème. Ce n’est plus accessible pour la classe moyenne. Quand j’ai débuté, ma famille a travaillé très fort pour me supporter et ce n’était pas si cher que ça. Ensuite, j’ai eu des opportunités pour aller en Europe, des bourses pour faire de la monoplace. Aujourd’hui, je n’aurais pas les moyens de commencer. Les familles fortunées achètent des volants pour leur pilote, on se fait tasser par des pilotes rapides qui ont de l’argent.»