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Rétro 1992: Jacques Villeneuve s’exile au Japon pour courir en F3 avec Toyota

Rétro 1992: Jacques Villeneuve s’exile au Japon pour courir en F3 avec Toyota

Jeudi 22 octobre 2026 par René Fagnan
Crédit photo: Galeron

Crédit photo: Galeron

Après avoir passé trois saisons à disputer le championnat italien de Formule 3 au sein de l’écurie Prema Racing, un jeune Jacques Villeneuve, le fils de Gilles, a accepté la proposition faite par Toyota de poursuivre sa carrière au Japon.

Commandité par Camel et les vins Giacobazzi, Jacques Villeneuve a connu trois saisons peu satisfaisantes en Italie. Il a décroché trois pole positions, mais il n’a jamais remporté de victoire. Jacques était jeune, mal préparé, mal encadré et manquait de discipline personnelle.

Fin novembre 1991, Jacques et l’écurie Prema vont disputer le Grand Prix de Macao. Au volant d’une Ralt RT35-Alfa Romeo, le Québécois termine la première manche en huitième place puis se classe septième lors de la seconde.

Lors de cette épreuve, l’écurie officielle de Toyota en F3, TOM’s, fait rouler un Brésilien nommé Paulo Carcasi. « Le patron de l’écurie m’a fait venir dans son motorisé et il m’a dit “tu viens rouler avec nous l’an prochain”. Il avait aimé que je gagne le Motor Show de Bologne l’année précédente [le Trofeo Formula 3, une confrontation organisée sur un circuit temporaire] » de nous raconter Villeneuve récemment. « Ça s'est fait rapidement comme ça. Mon autre choix était de tenter de faire une saison en Formule 3000 ou de refaire une autre saison en F3 en Italie. Il était temps pour moi de penser à autre chose ».

Pour 1992, Jacques devient donc le pilote officiel de l’écurie TOM’s en championnat de F3 JAF All-Japan et est au volant d’une 032F propulsée par un moteur Toyota 3SG, un quatre cylindres de deux litres qui développe 170 chevaux. La 032F est extrêmement étroite, très basse et est dotée d’un diffuseur à l’arrière.

Les changements de règlementations concernant la taille et le positionnement des ailerons ainsi qu’une répartition des masses inadéquates compliquent toutefois le début de saison de Villeneuve. Il termine d’abord sixième, puis quatrième avant de grimper sur le podium lors de la troisième manche disputée à Suzuka.

Une lutte intense s’installe entre Villeneuve et l’Écossais Anthony Reid (qui deviendra plus tard une grande vedette du BTCC). Jacques remporte ensuite trois victoires et grimpe à quatre autres reprises sur le podium. Le titre se joue en fin de saison et Reid l’emporte sur Villeneuve, 54 points contre 45.

Une expérience formidable

Cette même saison-là, Villeneuve dispute la dernière manche du championnat japonais de sports prototypes disputée sur le circuit de Mine le 1er novembre. L’équipage de la Toyota TS010 est composé de Villeneuve, Eddie Irvine et Tom Kristensen. Ils se qualifient en troisième position et terminent la course de 500 kilomètres en quatrième place avec un tour de retard sur les vainqueurs.

« Ce fut une très bonne expérience d’aller au Japon, ne serait-ce que pour le côté humain, pour grandir. Normalement dans les contrats, les écuries donnaient un paquet de billets d'avion à leurs pilotes européens pour effectuer des allers-retours entre l'Europe et le Japon. Moi, je leur ai dit non, je ne voulais pas retourner en Europe, je voulais habiter à Tokyo dans un appartement. Et ce fut bénéfique pour le pilotage, parce qu'on faisait vraiment beaucoup d'essais, on développait la voiture, donc c'était un énorme apprentissage. L’année au Japon m’avait beaucoup libéré de mon passé européen » de poursuivre Villeneuve.

« À cette période rien n'était écrit en anglais au Japon. Mon ingénieur ne parlait même pas anglais, il ne parlait que le japonais. Pour cela, ce fut un apprentissage incroyable. Comme la plupart de mes décisions, ç’a toujours été pris sur des occasions et rapidement. Je voulais sortir des sentiers battus. La route traditionnelle était de faire deux ou trois ans de F3, puis après faire de la F3000 et puis après il fallait faire ceci ou cela. Le voulais vraiment tracer mon propre chemin, sortir de ces pressions-là aussi. Pour moi, la Formule 1 c'était génial, mais je voulais surtout avoir une carrière en sport automobile ».

On connaît bien la suite de son histoire. Jacques fut contacté par les dirigeants de Player’s durant l’été 1992 et il est venu participer à la course de Formule Atlantique du Grand Prix de Trois-Rivières en août. En 1993, Player’s l’a pris sous son aile et l’a mené au sommet de la série CART/IndyCar avec, en prime, la victoire aux 500 Milles d’Indianapolis en 1995. Et puis, en route vers la F1 avec l’écurie Williams et le titre mondial en 1997.