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Rétro : Quand Jeff Gordon, vedette NASCAR, a songé à aller courir en Formule 1

Rétro : Quand Jeff Gordon, vedette NASCAR, a songé à aller courir en Formule 1

Lundi 26 juillet 2021 par René Fagnan
Crédit photo: WRI2

Crédit photo: WRI2

Effectuer le saut d’une catégorie, ou d’une discipline très spécifique, à une autre n’est pas chose aisée pour un coureur automobile. Plusieurs s’y sont cassés les dents. D’autres, par contre, ont bien réussi, comme Jacques Villeneuve qui est passé de l’IndyCar à la Formule 1, Nigel Mansell qui a sauté de la F1 à l’IndyCar, ou bien Juan Pablo Montoya qui a quitté l’IndyCar pour la F1 et ensuite aller courir en NASCAR.

Jeff Gordon, quatre fois Champion de la NASCAR Cup, a bien songé à devenir pilote de Formule 1 à temps plein après avoir effectué l’essai de la Williams FW24 à moteur V10 BMW de Montoya sur le circuit routier d’Indianapolis. Toutefois, le récent exemple donné par Jimmie Johnson montre à quel point ce passage d’une catégorie à une autre peut être terriblement difficile.

Gordon, natif de la Californie, était un très bon pilote de circuit routier à ses débuts avant qu’il ne découvre le stock-car et ses ovales, et ne devienne un des grands champions de NASCAR.

En juin 2003, Gordon est une des grandes vedettes de NASCAR et Montoya impressionne en F1 avec l’écurie Williams-BMW. Un accord (commercial) est trouvé pour que Gordon et Montoya échangent leurs bolides et effectuent un essai sur le tracé de F1 d’Indianapolis.

Imaginez : Gordon, habitué de piloter une grosse berline de presque 1600 kilos, dotée d’un moteur V8 de 850 chevaux qui tourne à 8500 tours/minute qui se retrouve aux commandes d’une frêle monoplace de seulement 600 kg, mais propulsée par un moteur V10 qui crache 900 chevaux à 19 000 tours/minute ! Même chose pour Montoya, mais en sens inverse !

Si Montoya s’est vraiment régalé au volant de la Chevrolet Monte Carlo de l’écurie Hendrick Motorsports, Gordon a lui aussi adoré sa courte expérience aux commandes de la Williams.

Gordon a complété sept tours rapides et réalisé son meilleur en 1’16”5, même pas une seconde plus lent que le temps de référence établi par le Colombien juste auparavant. Dans un podcast paru sur le site officiel de la F1, Gordon parle cette expérience.

« J’ai toujours été et je demeure un super fan de F1 » dit-il. « J’ai adoré piloter la Williams. Mon plus gros problème est venu du port du HANS qui venait d’être imposé juste un an avant. Il était trop gros pour le cockpit de la Williams, alors il ne pouvait pas maintenir ma tête durant les freinages. Lors de chaque freinage, ma tête partait vers l’avant et allait presque taper le volant ! Une F1 est capable de faire des trucs totalement insensés. Toutefois, conduire une F1 est plus facile que de piloter un stock-car. Une voiture de Cup est très puissante, lourde et possède des pneus étroits. On négocie chaque virage en dérapage tandis que la F1 est comme vissée au sol. »

Après avoir effectué ce court essai, plusieurs écuries ont contacté Jeff Gordon pour discuter de son avenir. « Oui, plusieurs écuries m’ont rejoint et j’ai eu beaucoup de pourparlers avec elles ; en fait, beaucoup plus que j’aurais imaginé. Ça m’a surpris » précise Gordon.

« Par la suite, je suis allé assister à un Grand Prix en Europe en compagnie de Jimmie Johnson. Je marchais dans le paddock et bien des portes de motorhomes se sont ouvertes. J’ai encore eu des discussions, mais en réalité, on m’a plutôt demandé combien d'argent je pouvais apporter… J’ai aussi parlé avec Frank [Williams]. C’était très intéressant, mais j’étais trop bien en NASCAR. De plus, très honnêtement, la courbe d’apprentissage [de la F1] était beaucoup trop raide. Je ne connaissais pas la voiture, le moteur, les circuits, les façons de faire en F1, etc. Il aurait aussi fallu que je travaille beaucoup ma condition physique. Cependant, si sa proposition était venue dix ans auparavant, ma réponse aurait été bien différente. »

Gordon avoue avoir parlé avec le seul Champion du monde de F1 québécois et avec Bernie Ecclestone qui était alors de grand patron de la F1 « J’ai eu des pourparlers avec lui [Ecclestone]. Pas très poussés par contre. Je crois qu’il tenait à avoir un pilote américain en F1. Ç’a toujours été le cas, n’est-ce pas ? »

« Jacques Villeneuve est aussi intervenu pour le compte de l’écurie British American Racing. BAR et le propriétaire de l’équipe, British American Tobacco, étaient intéressés à avoir un pilote américain. Nous avons eu pas mal de discussions. Toutefois, ils exigeaient que j’effectue des essais en Formule 3 et en GP2, puis que je coure durant deux saisons en IndyCar pour l’écurie Team Kool Green à titre de coéquipier de Paul Tracy avant de monter en F1, si tout allait bien. Car il n’y avait aucune garantie. Je venais tout juste de remporter mon troisième titre en NASCAR Cup et on me demandait de quitter la meilleure équipe, des victoires et des championnats pour tout reprendre de zéro ? C’était sympathique, mais ce n’était pas réaliste du tout. »

Les États-Unis ont dû attendre quelques années afin de voir un de leurs compatriotes enfin accéder à la F1. Il s’agissait d’un autre Californien, Scott Speed, membre de la filière Red Bull, qui a disputé 28 Grand Prix avec l’écurie Toro Rosso en 2006 et 2007, avant d’en être évincé à la suite d’une violente dispute avec le patron de l’équipe, Franz Tost, après le Grand Prix d’Europe tenu au Nürburgring.

Récemment, Jeff Gordon, copropriétaire de Hendrick Motorsports, a annoncé qu’il quittait son poste d’analyste au réseau de télévision Fox Sports afin d’occuper à plein temps le poste de numéro deux de l’écurie de NASCAR à titre de vice-président sous la présidence de Rick Hendrick.