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11 août : Les 1000 km de Mosport marqués par le retour de Jaguar en endurance et le décès de Manfred Winkelhock

11 août : Les 1000 km de Mosport marqués par le retour de Jaguar en endurance et le décès de Manfred Winkelhock

Mardi 11 août 2020 par René Fagnan
Crédit photo: Bonhams

Crédit photo: Bonhams

Il faisait beau et chaud lors du week-end des 10 et 11 août 1985 au circuit de Mosport Park en Ontario. Cette épreuve, qui marquait le grand retour de Jaguar en endurance, a malheureusement été endeuillée par le tragique accident du pilote allemand Manfred Winkelhock, qui évoluait parallèlement en Formule 1 chez RAM Racing cette saison-là.

Harvey Hudes, le patron du circuit de Mosport Park, avait travaillé fort afin d’assurer la promotion de cette manche canadienne du Championnat du monde d’endurance qui permettait aux fans de voir en action les "bolides des 24 Heures du Mans". Toutefois, ce déplacement hors de l’Europe, complexe et cher, ne tenta pas tout le monde. Seules sept voitures de classe C1 et sept autres de classe C2 franchirent l’Atlantique. Afin de remplir la grille de départ, des bolides d’IMSA furent acceptés.

Dans le paddock, la grande attraction provient sans contredit des deux nouvelles Jaguar XJR-6 de l’écurie de Tom Walkinshaw Racing enfin dévoilées au public (photo pincipale). Il s’agit d’un retour célébré de Jaguar en endurance. Cette XJR-6, de couleur verte “British Racing Green”, est composée d’un châssis en fibre de carbone conçu par Tony Southgate et propulsée par un moteur V12 atmosphérique Jaguar d’une cylindrée de six litres d’une puissance d’un peu plus de 600 chevaux et géré par une centrale de gestion électronique programmée par TWR.

En prévision du circuit bosselé et vallonné de Mosport, les XJR-6 sont un peu alourdies, car elles sont munies d’éléments de suspensions en acier et non en titane comme prévu à l’origine. Elles sont aussi équipées d’un radiateur d’eau supplémentaire.

Ces deux XJR-6 ont été relativement peu testées avant d’être expédiées au Canada. Pourtant, mercredi, Mike Thackwell, un ancien pilote de Formule 1, réalise un chrono de 1’14”8 encourageant sur la piste de 3,9 km. Jeudi, Martin Brundle, lui aussi un ancien pilote de F1, roule un peu plus vite et signe un temps de 1’13”9.

Samedi matin, Brundle, un des pilotes favoris de Tom Wakinshaw, tourne en 1’12”6 aux commandes de sa Jaguar chaussée de pneus à gomme intermédiaire et affublée d’un aileron supplémentaire fixé au-dessus le bouclier à l’avant. Lors de la séance de qualification, c’est Hans Stück, un autre ancien de la F1, qui vole la vedette au volant d’une Porsche 962C de l’écurie officielle d'usine aux couleurs de Rothmans, réalisant un temps de 1’09”775 en dépit d’un travers effectué à la sortie du virage 10.

Au moment où le vert est agité pour signifier le départ de la course de 1000 km, le moteur V12 atmosphérique de la Jag de Brundle réagit plus vite que les V6 turbo des Porsche de Stück et de Jacky Ickx installées en première ligne. Ainsi, la XJR-6 bondit en tête (comme un félin...) et mène la course.

Brundle demeure devant les Porsche durant neuf tours, puis se fait doubler. Après une douzaine de tours, le Britannique rentre aux puits avec la roue avant gauche qui fume. Le roulement à billes s’est rompu et le tour effectué au ralenti a causé passablement de dommages à la suspension. Il semble que le bris ait été causé par les pneus plus larges - donc plus adhérents - employés depuis vendredi.

Craignant que la même chose survienne à la deuxième Jaguar, Walkinshaw la fait entrer aux puits pour une inspection. Son pilote, Jean-Louis Schlesser, est alors remplacé par Brundle et Thackwell qui, après réparations, reviennent en course.

Un peu plus tard, un drame survient dans le terrible virage 2 ; un gauche en descente ultra rapide. À cette époque, le bas du virage est délimité par un talus d’une hauteur d’à peu près un mètre. Il n’y avait pas de dégagement. Taper ce talus équivalait à percuter un mur en béton.

Après avoir pris le relais de Marc Surer, Manfred Winkelhock est aux commandes de la Porsche 962C des frères Kremer. Au 69e tour, la Porsche file presque tout droit contre ce talus, sans laisser de traces de pneus. L’accident provoque la sortie du drapeau rouge signifiant l’interruption de la course.

L’avant de la Porsche est plié vers le haut et il est impossible d’ouvrir les portières. Dans les puits, c’est la confusion. Manfred Kremer et un mécano de son équipe s’emparent de scies à métal et confisquent la voiture du médecin en chef pour se rendre sur le lieu de l’accident afin d’aider les secouristes à extraire Winkelhock de l’épave. Les sauveteurs ont besoin de 56 minutes afin de sortir le malheureux pilote qui est ensuite évacué vers l’hôpital Sunnybrook où il subit une intervention chirurgicale de trois heures.

Marc Surer précise que Winkelhock, petit de taille, était assis près du tableau de bord et il s’est violemment cogné le casque contre le tube supérieur de la cage de sécurité de la 962C, provoquant une grave hémorragie intracérébrale. L’Allemand fut officiellement déclaré mort le lendemain, devenant le 13e pilote à perdre la vie sur le tracé de Mosport Park depuis sa création en 1961.

La course a ensuite repris, sans grande conviction, malgré l’intensité de la bataille en tête opposant les deux Porsche officielles. Au final, Derek Bell et Hans Stück l’emportent devant Jacky Ickx et Jochen Mass. L’équipage de la Jaguar No. 52, composé de Schlesser, Thackwell et Brundle termine au troisième rang en dépit d’un long arrêt aux puits pour y faire remplacer l’étrier de frein avant gauche.

La Porsche Kremer 956 pilotée par les Ontariens Ludwig Heimrath père et fils et le Hollandais Kees Kroesemeijer termine en quatrième place. La meilleure voiture de classe C2 est la Spice-Tiga GC85 de Gordon Spice et Tay Bellm, cinquième.

Selon toute évidence, l’accident de Winkelhock a été causé par une soudaine perte de pression d’air dans le pneu avant droit de la Porsche juste avant d’attaquer le fameux virage 2. Markus Winkelhock, le fils de Manfred, qui était âgé de cinq ans au moment de l’accident, a quand même suivi les traces de son père et a disputé un Grand Prix de F1 avec l’écurie Spyker.