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Nicholas Latifi confiné : Entre entraînement physique, relaxation et impatience de débuter la saison

Nicholas Latifi confiné : Entre entraînement physique, relaxation et impatience de débuter la saison

Mercredi 20 mai 2020 par René Fagnan
Crédit photo: Nicholas Latifi Twitter

Crédit photo: Nicholas Latifi Twitter

Le Canadien Nicholas Latifi s’apprêtait à commencer sa première saison en Formule 1 avec l’écurie ROKiT Williams quand, à seulement quelques heures des séances d’essais du vendredi en Australie, tout fut annulé à cause de la pandémie de coronavirus.

Latifi, qui devait faire débuter la nouvelle Williams FW43 à moteur Mercedes sur le tracé de l’Albert Park, a dû, comme son coéquipier George Russell et les membres des autres écuries, revenir à la maison, se confiner, et attendre patiemment que la situation mondiale s’améliore. Pas facile quand on est habitué de vivre à 300 km/h...

Pole-Position a discuté hier de ces moments pénibles à vivre avec Nicholas Latifi, qui est revenu au pays et a passé les derniers mois dans la maison de ses parents à Toronto.

« C’est la première fois de ma carrière que je ne pilote pas durant une si longue période de temps » raconte Nicholas. « J’en titre toutefois du positif. Je vois cela comme une longue présaison qui me permet de bien me préparer et qui m’offre une chance incroyable de passer du temps avec ma famille. Je réside habituellement au Royaume-Uni et j’ai peu vu ma famille au cours des dernières années. Ici, je tente de conserver un horaire régulier. Je me lève vers 8h/8h30 le matin, prend mon petit-déjeuner, m’entraîne physiquement, prend une bouchée, m’entraîne à nouveau, musculation et cardio, puis je discute par Skype avec mon entraîneur, puis je relaxe, je joue aux jeux vidéo avec mon jeune frère, je regarde des séries télévisées et je dispute des courses virtuelles sur ordinateur.»

Comment as-tu vécu le report du Grand Prix d’Australie à Melbourne ? « Ce fut vraiment bizarre. J’étais très excité à l’idée de disputer mon premier Grand Prix, mais tard jeudi soir, j’ai commencé à douter de la tenue de cette course. Déjà à la conférence de presse du jeudi, on sentait qu’il y avait quelque chose qui se tramait. Quand j’ai appris cette nouvelle à propos d’un membre de McLaren qui avait été victime du virus, j’ai compris, avant que Claire [Williams] ne m’appelle, que la course n’aurait pas lieu. Je me suis couché, et tout cela n’avait pas l’air d’être réel. Il s’agissait d’une situation totalement inconnue pour tout le monde. Je suis revenu ici à Toronto. Et puis après, le virus s’est répandu et la situation n’a fait qu’empirer. On aurait dit un mauvais film ! Après deux mois, on s’y est un peu habitué et enfin les choses s’améliorent un peu.»

Les autorités de la F1 vous informent-ils des développements ? « La FIA et la FOM ont tenu et continuent de tenir les écuries au courant de l’évolution de la situation. Je reçois aussi des informations des autres pilotes qui composent le GPDA [le syndicat des pilotes], mais uniquement lorsque c’est du concret - pas des rumeurs » précise-t-il.

« Les choses évoluent tellement vite. Par exemple, on a su ce matin [mardi] que des Grands Prix pourraient être remis en cause par des restrictions de quarantaine plus strictes que prévu imposées par le gouvernement britannique. Ce n’est pas une bonne nouvelle, car 70% des écuries et pas mal de pilotes, moi inclus, sont basés en Angleterre. Cela complique les choses. Il reste encore bien de détails à régler concernant le calendrier, mais il semble bien qu’on devra disputer un Grand Prix par week-end durant le premier mois. Moi, ça ne me dérange pas du tout. Par contre, ça sera dur pour les membres des équipes.»

Comment fais-tu pour conserver ta motivation intacte alors que tu ne sais pas quand la saison va enfin démarrer ? « Le niveau de motivation fluctue. C’est tout à fait normal. On ne peut pas rester au pic de sa motivation de façon constante. Dans mon cas, je pense à mon avenir, à tout ce que j’ai à accomplir, mes objectifs, et je travaille sur mes forces et tente de corriger faiblesses. La passion est ma source de motivation.»

Tu as parlé de courses virtuelles où des pilotes professionnels et des spécialistes de ces courses s’affrontent en ligne au volant de jeux et de simulateurs. Quelle est ton opinion sur ces courses virtuelles ? « Cela dépend de ce qu’on désire réaliser. Le sport automobile est difficile d’accès et pour le pratiquer, il faut plus qu’une raquette ou un ballon. Si votre but est d’améliorer votre pilotage, ce genre de simulateur d’appartement n’est pas vraiment adéquat. Pour cela, il faut utiliser un simulateur de très haut niveau comme ceux des écuries de F1. Par contre, pour ce qui est de la préparation mentale et d’aiguiser son esprit de compétition, les courses virtuelles peuvent être très utiles. Je crois que je vais continuer à disputer des courses sur ordinateur une fois la saison commencée.»

Tu as parcouru quelques centaines de kilomètres aux commandes de la nouvelle Williams FW43 à moteur turbo hybride Mercedes. Si la FW42 de l’an dernier était ratée, que penses-tu de la nouvelle Williams ? « Dès les premiers tours d’essais, j’ai pu constater une différence » répond Latifi. « J’ai piloté la Williams de l’an dernier dans son ultime version lors des essais de fin de saison à Abou Dhabi. Quand j’ai conduit la nouvelle FW43 à Barcelone, j’ai immédiatement constaté une amélioration. L’aérodynamique est meilleure et la voiture génère plus d’appui, donc plus de grip. Par-dessus tout, son comportement est plus prévisible et donne plus confiance. Quand on attaque un virage, on sait ce qui va se produire ; quelles seront les réactions de la voiture. Évidemment, une fois que la saison va commencer, ce sera vraiment intense et il y aura moins de développement technique que lors des autres années. Il faudra même songer à 2021.»

Pour terminer, je te pose une question délicate. Le Canada a deux pilotes en F1 cette saison : Lance Stroll et toi. Ironiquement, vous provenez de familles très riches qui ont investi énormément d’argent dans vos carrières. Que réponds-tu aux gens qui affirment que tu as acheté ta place en F1 ? « Ce n’est pas un secret : le sport automobile coûte cher. Dès les débuts en karting, il faut trouver du financement. Qu’il provienne de la famille, d’un commanditaire, d’une écurie ou d’un constructeur, l’argent doit bien venir de quelque part » explique Nicholas.

Il ajoute : « Les autorités de la F1 ont décidé que l’argent ne devait plus être le facteur primordial qui ouvre les portes d’une écurie. Le nouveau système de Super Licence à points est une bonne chose. Vous ne pouvez pas acheter une Super Licence [qui permet de disputer des Grands Prix]. Il faut décrocher de bons résultats. Dans mon cas, j’ai même dépassé le nombre de points requis pour obtenir une Super Licence. Ainsi, un pilote qui obtient sa Super Licence mérite pleinement d’être en F1."

Nicholas Latifi conclue : « Certaines personnes avancent que je n’ai pas été champion de Formule 2. Regarde les exemples d’Alex [Albon] promu chez Red Bull et Lando [Norris] qui est chez McLaren. Ils n’ont pas été champions de F2 et ils ont pourtant effectué une très bonne saison en F1 l’an dernier. J’ai peut-être connu du succès à un âge plus avancé que les autres, mais si tu regardes l’exemple de Max [Verstappen], il a commencé à courir à quatre ans et est arrivé en F1 à 17 ans. Son parcours a donc duré 13 ans. Dans mon cas, j’ai commencé à courir plus tard, à 13 ans et j’arrive en F1 à 24 ans, soit un parcours de 11 ans. Cette période de développement est normale et s’applique à tous les pilotes. Certains commencent à courir plus tôt et d’autres plus tard. J’ai gagné des courses et j’ai obtenu ma Super Licence. J’ai donc mérité ma place en F1. Reste maintenant à disputer mon premier Grand Prix !»