Alors que le géant américain du pneu Goodyear est l'unique fournisseur de pneus en Formule 1, Michelin lui lance un défi et débraque en Grand Prix avec une toute nouvelle technologie et remporte une première victoire dès sa sixième participation.
Goodyear est arrivé en F1 en 1964 et a dû lutter contre deux autres manufacturiers de pneumatiques, Dunlop et Firestone, avant d’en devenir le seul fournisseur à partir de 1975. Goodyear fournit alors des pneus lisses (slicks) conventionnels à carcasse diagonale où les couches de caoutchouc sont croisées les unes sur les autres.
Depuis 1948, Michelin propose aux automobilistes de tous les jours des pneus d’une nouvelle technologie : le pneu radial qui possède une bande de roulement qui est indépendante de la construction des flancs. Ainsi, le pneu radial a moins tendance à déraper et sa surface de contact avec le sol demeure relativement constante.
Retour en F1, car Goodyear n’offre pas les mêmes pneus à toutes les écuries. La firme d’Akron a des écuries sous contrats, comme McLaren et Lotus, et met à disposition de leurs pilotes des pneus tendres pour les qualifications. Les autres écuries doivent se contenter de rouler avec des pneus durs de course.
Courant 1977, Renault confirme son arrivée en F1 avec un moteur turbo révolutionnaire. L’entreprise française signe un accord avec Michelin pour la fourniture de pneus radiaux. Toutefois, le développement du petit six cylindres turbocompressé est horriblement complexe.
Renault dispute son premier Grand Prix en Grande-Bretagne, puis court aux Pays-Bas et en Italie. Après Monza, Pierre Dupasquier, le patron de la compétition chez Michelin, reçoit un appel d’Enzo Ferrari qui désire obtenir des pneus radiaux pour ses monoplaces de F1.
En fait, Ferrari était mécontent de ce qu'il percevait comme un traitement préférentiel accordé par Goodyear aux équipes britanniques. « Obtenir la confiance d'Enzo Ferrari, que je connaissais pour avoir équipé les Ferrari Daytona de pneus Michelin [en 1972 avec des pneus Michelin XWX], a été une opportunité fantastique pour nous [pour développer nos pneus] » raconte Dupasquier.
Un premier succès qui survient rapidement
Durant l’intersaison 1977/1978, Mauro Forghieri modifie les suspensions des Ferrari 312 T2 pour les adapter aux caractéristiques des pneus Michelin. Puis, les pilotes, Carlos Reutemann et Gilles Villeneuve, procèdent à d’innombrables séances d’essais et parcourent des milliers de kilomètres avec ces nouveaux pneus. Simultanément, Forghieri termine la conception de la T3 qui, elle, est conçue pour utiliser les pneus Michelin.
La saison 1978 commence en Argentine le 15 janvier. Reutemann se qualifie au deuxième rang et Villeneuve, en septième place. Il fait une chaleur épouvantable le jour de la course et Reutemann, trop prudent, effectue un mauvais choix de pneus. Il croise l’arrivée en 11e position, une place devant Villeneuve.
Deux semaines plus tard la F1 est à Rio de Janeiro au Brésil. Michelin s’apprête à disputer son sixième Grand Prix. C’est toujours la canicule et Reutemann se qualifie en quatrième position tandis que Villeneuve est sixième.
Lors de la séance d'échauffement du dimanche matin, les Ferrari, chaussées de pneus tendres Michelin S9, roulent deux secondes plus vite au tour que leurs rivaux. Dupasquier convainc Forghieri que ce pneu tendre est le bon choix pour la course de 63 tours.
Si la course de Villeneuve est ruinée par un accrochage avec la Lotus de Ronnie Peterson, celle de Reutemann est limpide. L’Argentin bondit en tête dès le premier virage, roule deux secondes plus vite au tour pour s’échapper du peloton et s’envole vers la victoire.
Les pneus S6 lui ont offert une excellente adhérence tout en s’usant relativement peu en dépit de la chaleur intense. Reutemann croise l’arrivée avec une avance impressionnante de 49”1 sur Emerson Fittipaldi (Copersucar F5A-Ford) et 57”0 sur Niki Lauda (Brabham BT45C-Alfa Romeo).
Michelin vient de changer le visage de la F1. Goodyear n’aura d’autre choix que de développer son propre pneu radial de F1.
29 janvier: Première victoire d’un pneu radial en F1 grâce à Michelin et Ferrari en 1978
Jeudi 29 janvier 2026 par René FagnanCrédit photo: Bonhams.com






