Quarante ans ont passé depuis la conception et la production de la première Renault-Alpine A442 d’Endurance ; le bolide français destiné à gagner la prestigieuse épreuve des 24 Heures du Mans avant l’arrivée de Renault en Formule 1.
Depuis 1960, la course du Mans est une affaire de cycles de victoires pour Ferrari, Ford, Matra et Porsche. Face à eux, Renault demeure un constructeur automobile de grande série qui ne joue pas vraiment dans le monde des voitures sportives. Et pourtant, les dirigeants de la Régie Renault, soutenus par la pétrolière nationale Elf, donnent le feu vert pour inscrire une voiture en Endurance et un projet de monoplace de F1.
Afin de participer au championnat d'Europe d’endurance des voitures de deux litres en 1973, les ingénieurs produisent un moteur V6 atmosphérique avec un bloc en fonte et qui développe 300 chevaux. Installé dans une barquette Alpine A 440, elle inscrit de beaux résultats. Un an plus tard, la 441 domine le championnat.
Renault souhaite alors récolter les fruits de ses succès et fait l'acquisition de 55% du capital d’Alpine, tout en regroupant les activités sportives de la marque à Dieppe dans le nord de la France.
Le V6 reçoit un turbo américain Garrett en 1975 et sa puissance grimpe à 500 chevaux. Cela préfigure l’arrivée en scène de la Renault-Alpine A442 destinée aux 24 Heures du Mans. Si c’est puissant ce n’est toutefois pas fiable. L’équipe dirigée par François Castaing et Bernard Dudot travaille sans relâche pour éliminer les ennuis de cliquetis, de pré-détonation et de pistons percés.
Cette toute première 442, codée 442-0 (voir les photos de cet article), est construite pour les 24 Heures du Mans de 1976. Afin de se donner toutes les chances de réussite, Renault met sur pause son programme de rallye et son projet de F1. Tout est misé sur l’Endurance et le Mans.
En 1976, cette 442-0, pilotée par Jean-Pierre Jabouille, Patrick Tambay et José Dolhem, abandonne au Mans après la 11e heure sur bris de moteur après avoir réalisé la pole position. Un an plus tard, les trois A442 roulent aux avant-postes, mais abandonnent. La victoire vient enfin lors de l’édition de 1978 quand la voiture No. 2 pilotée par Didier Pironi et Jean-Pierre Jaussaud remporte la victoire devant deux Porsche 936/78.
De l’aluminium et pas de carbone
Cette biplace 442 possède un châssis tubulaire et en tôles d’aluminium rivetées dessiné par André de Cortanze et habillée d’une carrosserie aérodynamique en fibre de verre dessinée par Marcel Hubert. Le châssis est terriblement plat, ce qui exposait dangereusement le pilote en cas de choc latéral. De plus, ses pieds étaient situés presque devant les pneus avant ! Question sécurité passive, c’était très rudimentaire.
Son moteur est un V6 à essence de 1996 cc gavé par un turbo Garrett qui souffle à 0,8 bar et qui crache une puissance de 500 chevaux. La transmission est une Hewland FG 400 à cinq rapports qui résulte en une vitesse maximale de 380 km/h sur la longue ligne droite du Mans (sans les deux chicanes à cette époque).
La suspension avant est faite de triangles superposés, de ressorts hélicoïdaux et d’amortisseurs télescopiques. À l’arrière, on retrouve des triangles inférieurs à deux bras parallèles et des barres de poussée. Le freinage est assuré par quatre disques en fonte. Le poids est de 685 kilos et les pneus sont des Michelin.
L’habitacle est incroyablement dénudé avec un tableau de bord qui indique, droit devant le pilote, le régime moteur et une alerte de pression d’huile Puis, on note la présence de cadrans à aiguilles afin de surveiller la température de l’eau et de l’huile, la pression de l’huile et de l’essence, la pression de suralimentation, ainsi que des interrupteurs des phares, des clignotants, un coupe-circuit électrique, le bouton déclenchant l’extincteur de bord et un bon vieux levier de vitesses. Sur le volant se trouve un simple bouton rouge qui actionne la radio pour que le pilote puisse parler avec son équipe.
Cette toute première A442-0 a été récemment vendue aux enchères pour une somme d’un peu plus d’un million d’euros. Il est fascinant de constater à quel point elle diffère radicalement des Hypercars de WEC actuels qui sont propulsés par des motorisations hybrides ultra performantes et dont la puissance avoisine désormais les 700 chevaux.
Lors des 24 Heures du Mans de 1976, l’A442-0 a signé la pole position sur le tracé dépourvu des chicanes sur la longue ligne droite en 3’33”1. Cinq décennies plus tard, la Cadillac V-Series R Hypercar a inscrit le meilleur chrono des qualifications (pas de l’Hyperpole) sur le circuit ralenti par les chicanes en 3’22”847.
Rétro 1976: Création de la Renault-Alpine A442 qui gagnera les 24 Heures du Mans en 1978
Vendredi 5 juin 2026 par René FagnanCrédit photo: Artcurial.com/Peter Singhof







